Être HPI, être un Zèbre

« Une caresse est un souffle, un son est un bruit intense, un revers de fortune est une tragédie, une joie c’est de l’extase, un ami c’est un amoureux, un amoureux c’est un Dieu, et un échec c’est la mort »

Hauts Potentiels, précoces, surdoués… les appellations sont nombreuses et paraissent cependant peu appropriées ; on parle finalement peu de ces « surdoués », et encore moins de la souffrance que peut engendrer leur fonctionnement intérieur. 

Une métaphore est de plus en plus couramment utilisée : celle du « Zèbre ». Pourquoi l’image du zèbre ? Parce que le zèbre est unique en son genre, ses rayures sont comme nos empreintes digitales, c’est à dire propres à notre personne. Le zèbre est un animal affectif, qui a besoin de vivre en groupe, en troupeau ; pour finir, le zèbre est le seul équidé qui ne peut pas être dompté par l’homme. 

Toutes ces caractéristiques se retrouvent chez les personnes HPI (haut potentiel intellectuel) : une différence qui est perçue très tôt, souvent vécue comme un fardeau, et qui provoque une forme d’autocensure ; une hyper-réceptivité sensorielle et émotionnelle, qui fait que le HPI a besoin de se sentir aimé, compris, soutenu, et surtout le besoin d’être entouré d’individus semblables à lui ; et puis une maladresse au niveau des interactions sociales qui fait du HPI le plus souvent un enfant difficile à cerner et à éduquer. Notez que cet article verse davantage du côté du profil de HP hypersensible, et que certains HP ne se reconnaîtront sans doute pas dans certaines caractéristiques énoncées ici. De manière plus générale, nous statuerons donc que le Haut Potentiel se décline en deux axes majeurs : une hyper-connectivité cérébrale d’un côté, et un décalage entre maturité émotionnelle et intellectuelle de l’autre. 

Si tu es un zèbre, il faut d’abord que tu saches que tu n’es pas seul. Selon la courbe qui regroupe les principales tendances de niveau de QI de la population mondiale, 2,5% de la population sont dits « précoces » (donc zèbre). Le premier problème que l’on peut relever est que la souffrance des HPI est loin d’être assez reconnue ou prise en compte, par rapport à l’attention et l’aide dont bénéficient les individus atteints de handicap mental. 

Le premier écueil est donc de se sentir anormal, de s’autocensurer en pensant que notre ressenti n’a pas lieu d’être, de penser tout simplement qu’on est fou. 

Tu peux te sentir fou en tant que zèbre parce que tu ne perçois pas le monde de la même manière que ton entourage : en tant que zèbre, tu as pu dès tout petit te poser des questions sur l’existence, la mort, … sur des thèmes graves, qui n’étaient pas sensés faire l’objet de ta réflexion. Ces questions sont devenus un bouillonnement, une source d’angoisse, et ton incapacité à les verbaliser totalement ont peut-être fait de toi un enfant à fleur de peau, qui a pu avoir des relations difficiles avec tes parents. Le fait d’être grondé, repris pour des réactions démesurées, qui semblaient venir de nulle part, ont pu creuser le doute que tu ressentais déjà par rapport à ta propre personne. 

Ce manque de confiance en toi, accentué par les tensions dans le cadre familial, ont pu par la suite impacter ta relation avec les autres : tu as pu rapidement te rendre compte que tu sur-réagissais, que ce qui semblait être une broutille pour les autres engendrait chez toi un cataclysme émotionnel. Tu as pu voir que tu t’attachais beaucoup, que tu donnais beaucoup par rapport aux autres, que ta conception de l’amitié, de l’amour étaient bien plus intenses que l’idée que les autres en avaient. Tu as pu rapidement te rendre compte que quand tu sur-réagissais, quand tu parlais de la souffrance que tu éprouvais par rapport à ce qui pouvait être vu comme une histoire banale, c’était comme si tu devenais un poids, même pour tes propres amis. Certains ont pu même s’éloigner ; alors tu as peut-être voulu commencer à contrôler ce que tu percevais être comme une folie. Tu as peut-être commencé à te méfier, à avoir peur de devenir toxique pour les autres, car c’est finalement une image de toi comme quelqu’un de nocif qu’ils t’ont renvoyée.

Tu peux avoir pensé à un moment qu’il fallait peut-être prendre des médicaments, pour faire taire les émotions qui hurlaient dans ton crâne et que tu t’efforçais d’étouffer pour paraître « normal ». Tu as l’impression d’être incompris sans doute, et qu’il ne faut pas laisser les autres s’approcher, pour ne pas qu’ils voient toutes les choses sombres qu’il t’arrive de ressentir. Quand tu es heureux, c’est l’extase, et quand tu es triste, tout s’effondre et tu ressens jusqu’à une envie de mourir. Dans ta tête, c’est comme une pelote de laine, tout s’emmêle, et ton moral est comme un circuit de montagnes russes. Tu te remets sans cesse en question, parce que tu te poses toi-même une multitude de questions, à chaque instant.

Ce bouillonnement de pensées dans ta tête, c’est une autre caractéristique des zèbres, ça s’appelle la pensée en arborescence, ou « en soleil », ou encore « en toile d’araignée»: tu pars d’une idée principale, que l’on va comparer ici au tronc de l’arbre, puis cela va se diviser en dix branches, qui elles-mêmes vont se diviser en dix branches et ainsi de suite, ce qui va rendre ta réflexion très touffue et parfois incompréhensible pour les autres, parce qu’en essayant de verbaliser ton raisonnement, cela peut paraître confus pour ceux qui ne sont pas « zèbres ». Cependant, ce type de pensée, une fois structurée peut être très efficace dans le milieu scolaire et universitaire, dans le cadre de dissertations par exemple ! 

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Il y a d’autres personnes dans ton cas ! Le fait d’être officiellement diagnostiqué comme « HPI » peut constituer une première étape de soulagement ; mais là encore, quand on pense « surdoué », on pense à une personne très intelligente à qui tout réussi et qui a énormément de facilités dans tous les domaines. Cette image dorée de la précocité intellectuelle peut là encore favoriser le mal-être au sens où elle crée un dangereux décalage entre la manière dont les autres voient, admirent presque le surdoués et ses compétences qualitativement supérieures, et l’image qu’il a de lui-même, en tant qu’être infiniment limité face à la démesure de sa quête de l’absolu, et de son manque de confiance en lui. D’ailleurs, tous les HPI ne sont pas forcément tête de classe, parce quand ils ne sont pas captivés par un sujet, l’ennui surgit rapidement. Il y a aussi toujours un moment où le HPI doit arrêter de se reposer sur ses facilités de base et avoir le déclic de la mise au travail, souvent au moment de l’entrée au lycée, et ce déclic n’est pas toujours évident à avoir. En milieu universitaire, le HPI est confronté au fait qu’il n’est pas seulement un esprit mais aussi un corps, qu’il a besoin de dormir, de ne pas être tout le temps stressé, pour pouvoir fournir une bonne performance. Il ne faut pas non plus oublier que le fait d’être un zèbre peut induire l’existence de troubles cognitifs qui handicapent le parcours scolaire que ce soient les troubles de l’attention ou de l’hyperactivité, ou bien encore les dyslexies et dyscalculies et autres troubles dys-

Tu peux te sentir nul, ou débile, un tas de choses basées sur des impressions et qui ne sont pas rationnelles, parce que le zèbre pense d’abord avec son coeur, c’est-à-dire d’abord à partir de son ressenti et de ses émotions. Tu as sans cesse peur d’être rejeté parce que tes réactions ou tes comportements seraient vus comme inadaptés, et c’est pour ça que le plus souvent, tu rêves d’être comme les autres, d’être une « bonne personne », pas quelqu’un qui manipule dans une logique désespérée de survie pour ne pas être abandonné. Tu vas donc essayer coûte que coûte de ne pas montrer ta différence, de faire semblant d’aller bien, même quand tu as l’impression que ton coeur se contracte sur du verre pilé à chaque respiration dans ta poitrine. Et ça, c’est un poids terrible. Si on te dit que les choses qui te font du mal ne devraient pas autant te faire souffrir, que tu en fais de trop, il faut que tu te rappelles qu’il n’y a pas d’échelle à la douleur : ton ressenti, quelle que soit son intensité, est légitime. 

Le problème, c’est que tu ne sais pas quoi faire de cette souffrance, de cette angoisse, qui part et revient sans cesse. Le plus important est d’en parler. Parfois tu peux avoir l’impression que les psychologues que tu vas consulter ne sont pas assez compétents, qu’ils ne peuvent pas vraiment comprendre ce qui se passe dans ta tête. Le mieux c’est de trouver des personnes qui sont comme toi, et en réalité, ce n’est pas si difficile. La précocité intellectuelle est souvent héréditaire, tu dois donc pouvoir trouver des personnes qui fonctionnent comme toi dans ta famille, comme tes parents, tes frères et soeurs… Et puis, ce que l’on remarque le plus souvent, c’est que les HPI s’entourent le plus souvent de quelques amis qui sont eux aussi HPI. 

En ce qui concerne les moments où tu as l’impression d’être dépassé par ton propre cerveau, où tout turbine si vite que tu perds le contrôle, où tu as l’impression de te retrouver au volant d’une voiture de course sans pour autant être en possession des compétences requises pour la conduire, il faut te reconnecter au réel, au rationnel. Pour cela il y a des méthodes toutes simples, comme la méditation en pleine conscience. En effet, les HPI ont souvent tendance à être trop accaparés par leur activité cérébrale, et à se détacher de leurs corps. Pour se reconnecter à la réalité, et de nouveau faire un avec soi-même, il suffit de solliciter ses sens, se masser les oreilles, sentir une odeur, un parfum… Il y a plein de méthodes différentes pour apprivoiser ta différence, le plus important étant d’avoir une forme de visibilité sur toi-même, d’avoir la carte pour tracer ton chemin, d’avoir les bons outils, en ayant pleine conscience que si on est né HPI, on le reste toute sa vie. Il ne faut surtout pas tenter d’étouffer, de supprimer cette partie de toi, qui est par ailleurs si riche. Prends soin de toi et de ta différence, garde cette image de ton cerveau comme une batterie, et respecte tes besoins de repos, de recul quand tu sens que la batterie n’est plus qu’à 40%, pour éviter les shut down émotionnels. Et sache que face à tes émotions, tu as un choix : oui, tu peux choisir de ne pas ressentir d’émotion face à tel ou tel événement. C’est un travail de longue haleine, ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais tu es incroyablement fort, et parfaitement capable, aies confiance en toi !

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