Les personnes à QI élevé ne présentent pas de risques accrus de troubles mentaux

Article basé sur l’étude :
« High Intelligence is not a Risk Factor for Mental Health Disorders »
Camille Michèle Williams, Hugo Peyre, Ghislaine Labouret, Judicael Fassaya, Adoración Guzmán García, Nicolas Gauvrit, Franck Ramus

Note : l’association CAPU ne prend aucunement parti face aux travaux scientifiques qu’elle décrypte et relaie, et laisse cette étude à la libre appréciation du lecteur
Lien du document source : https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2022.05.26.22275621v1 (dernière consultation : 05/06/2022)

Traduction : Domitille Fehrenbach, Clémence Oizon

Introduction :

En dépit d’études contradictoires et à contre-courant de la croyance populaire, une intelligence élevée n’est pas un facteur de risque pour les troubles psychiatriques et constitue même un facteur de protection contre l’anxiété généralisée et le syndrome de stress post-traumatique.
L’étude souligne en effet que les travaux établissant une corrélation entre une haute intelligence et le développement de maladies physiques et/ou mentales présentent des biais d’échantillonnage, des groupes de contrôle inexistants ou inadéquats, ou encore de tailles d’échantillons non représentatives.

Il en est ainsi le cas de l’étude “High intelligence: A risk factor for psychological and physiological overexcitabilities”, par Ruth I. Karpinski, Audrey M. Kinase Kolb, Nicole A. Tetreault, Thomas B. Borowski, dont l’association CAPU avait publié un résumé consultable au lien suivant (cliquer) .
Cette dernière n’a été réalisée qu’à partir de participants recrutés au sein de l’American Mensa Ltd. , une société ouverte aux personnes ayant un QI situé dans les 2% les plus élevés de la population.
L’exacerbation de la corrélation entre HPI et maladies mentales dans cette étude peut donc découler de deux éléments :
-Les participants ont été recrutés dans une société regroupant uniquement des personnes ayant présenté un bilan psychométrique les identifiant comme “HPI”
-Or les tests cognitifs sont dans la plupart des cas réalisés uniquement lors de l’apparition de troubles comportementaux ou de caractéristiques stéréotypées associées à un QI élevé.

La présente étude se veut donc soigneusement d’éviter ces limites, en étudiant la différence de prévalence des maladies mentales et physiques entre les personnes hautement intelligentes (2 ET -écarts-types- au-dessus de la moyenne) et les personnes présentant une intelligence moyenne (dans les 2 ET -écarts-types- de la moyenne), et plus faible que la moyenne. Le QI y est représenté et transcrit par “le facteur g”.

Note : lors de la lecture, vous pouvez remplacer “facteur g” par “QI”

L’étude a également pris soin d’écarter les biais potentiels découlant de l’âge ou du sexe des participants.
Ces derniers sont âgés de 40 à 69 ans, et ont été sélectionnés au nombre de 250 000, entre 2006 et 2011, auprès de la UK Biobank.
Ils y ont réalisé divers tests cognitifs, et ont par la suite également été soumis à des tests permettant d’éventuels diagnostics de maladies mentales.
32 phénotypes ont fait l’objet de l’étude, basés sur des questionnaires fournis par la UK biobank et des diagnostics médicaux. Ils se divisent en trois catégories : d’un côté les maladies mentales, et de l’autre les maladies d’ordre physiologiques comme les allergies, de même que quelques autres traits comportementaux.

On trouve donc d’un côté :
la dépression, la maladie bipolaire, les troubles anxieux, les traumatismes, le syndrome de stress post-traumatique, les phénomènes de scarification, les troubles du comportement alimentaire, les troubles obsessionnels compulsifs, la schizophrénie, les addictions ;
Et d’un autre côté : l’asthme, l’eczema, et les allergies, ou autres affections telles que le rhume des foins, la myopie, ou encore les troubles du sommeil tels que l’insomnie,
Ainsi que d’autres traits comportementaux tels que : l’homosexualité, ou le chronotype de type “soir”

Résultats quant aux troubles de la santé mentale :


-On constate chez les individus au facteur g élevé une baisse de probabilité de 33% au développement de syndromes de stress post-traumatique.
-On observe une baisse de probabilité de 31% de développer un trouble anxieux généralisé chez les individus du groupe au facteur g élevé.
-On n’observe pas de différences significatives dans les taux de prévalence des autres maladies mentales entre les individus au facteur g élevé et les individus au au facteur g moyen.

Résultats quant aux troubles de la santé physique :

-On observe que la probabilité de développer des allergies est de 13% supérieure par rapport aux individus au facteur g moyen, pour les individus au facteur g élevé.
-La probabilité d’être myope est de 93% plus élevée dans le cadre des participants au facteur g élevé.

Résultats quant aux traumatismes :

-On observe une probabilité diminuée de 10% chez les personnes au facteur g élevé de subir un traumatisme catastrophique, des facteurs de stress à l’âge adulte, des abus durant l’enfance et des facteurs de stress durant l’enfance.

Autres traits :

-On observe que la probabilité de se sentir socialement isolé est inférieure de 15% chez les participants au facteur g élevé, par rapport aux participants au facteur g moyen;
-On observe que la probabilité de s’engager dans un rapport homosexuel est supérieure de 23% chez les individus issus du groupe au facteur g élevé.
-On n’observe pas de différence de prévalence entre les groupes de participants concernant les troubles du sommeil (insomnie).
-On observe que la probabilité de consommer du cannabis est de 25% supérieure chez les personnes issus du groupe au facteur g élevé par rapport aux participants au facteur g moyen.
-On observe que la probabilité de présenter un chronotype de type soir est supérieure de 15% chez les participants issus du groupe au facteur g élevé.

Phénotypes présentant des différences entre les groupes au facteur g élevé et moyen et au facteur g faible et moyen :

-On observe que les facteurs de stress pendant l’enfance, les abus pendant l’enfance, les facteurs de stress à l’âge adulte, le syndrome de stress post-traumatique et l’isolement social sont plus prévalents dans le groupe des participants au facteur g moyen, par rapport au groupe de participants au facteur g élevé.
-On observe que le score de neuroticisme est moins élevé chez le groupe de participants au facteur g élevé.

Différences de prévalence des phénotypes étudiés entre les groupes au facteur g élevé, moyen, et faible

Discussion des résultats :

Cette étude établit donc que le groupe facteur g élevé ne présente pas plus de troubles mentaux que le groupe à facteur g moyen.
Au contraire, les personnes pouvant être qualifiées à Haut potentiel sont moins sujettes aux troubles anxieux ou au stress post-traumatique. De façon générale, ils subissent moins de traumas et de situations de stress – exception faite pour la maltraitance subie à l’âge adulte, ce qui pourrait expliquer les conclusions d’études précédentes. Le groupe facteur g élevé était également moins sujet au neuroticisme et à l’isolation sociale. Par contraste, le groupe facteur g bas était davantage sujet au neuroticisme, se sentait plus isolé socialement, et présentait un taux plus élevé de trauma, facteurs stress et stress post-traumatique que le groupe facteur g moyen, ce qui suggérerait que la prévalence de ces phénotypes décroît avec la haute intelligence.
Parmi les troubles somatiques étudiés, il a été trouvé que les individus doués d’une haute intelligence présentaient plus de cas de myopie ou d’allergies, bien qu’ils présentent une prévalence moins élevée de rhumes des foin et d’asthme. Les individus doués d’une grande intelligence ont également plus de chances de manifester des particularités comme un chronotype de l’après-midi et/ou du soir, d’avoir essayé la consommation de cannabis ou de vivre des expériences homosexuelles au moins une fois dans leur vie.
Quant à la prévalence accrue des allergies chez le groupe facteur g élevé, cette dernière peut être expliquée par le fait que les personnes présentant une intelligence plus élevée que la moyenne sont plus susceptibles de vivre dans des zones urbaines, milieux qui favorisent l’apparition de ces affections.
Quant à la prévalence de la myopie, cette dernière ne semble pas uniquement être corrélée au nombre d’années d’études, ni au type d’emploi, mais aux facteurs génétiques supposément partagés entre haute intelligence et myopie.
La probabilité accrue de vivre une expérience homosexuelle ne semble pas être liée à l’orientation sexuelle elle-même, mais davantage à une volonté d’exploration. Cette dernière se retrouve également dans la corrélation vérifiée entre la prise de cannabis au moins une fois dans sa vie et la haute intelligence, qui n’était vraie que pour les participants ayant déjà consommé cette drogue moins de 101 fois dans leur existence.
Plus généralement, on constate un trait spécifique commun aux individus de haute intelligence, qui consisterait en une ouverture accrue à l’exploration.

L’étude rappelle néanmoins que les données disponibles ne permettent d’apporter de conclusions définitives concernant les maladies psychiatriques passées en revue, d’une part parce que toutes n’étaient pas représentées ou sinon en quantités trop faibles, d’autre part parce que l’UK Biobank subit un biais dit du “volontaire sain”, ce qui explique une plus faible prévalence des maladies psychiatriques face à un groupe facteur g important.
Néanmoins, ces points soulignés ne semblent pas mettre en danger la validité des résultats observés.
Enfin, on constate que la prévalence des maladies psychiatriques fluctue au cours de la vie. Cependant, la présente étude s’intéressant à la probabilité d’apparition d’une maladie psychiatrique, non pas à un instant T, mais sur l’ensemble de la vie, le choix de L’UK Biobank comme source de données s’est avéré très pertinent.

Une intelligence élevée n’est pas un facteur de risque pour les troubles psychiatriques et est un facteur de protection pour l’anxiété générale et le PTSD.
Les résultats de l’étude confortent l’idée que la haute intelligence est synonyme d’avantage.
Ceci n’implique pas que l’intelligence en général ne soit pas pertinente à l’évaluation de risques psychiatriques : en effet, elle peut avoir une influence sur la manifestation des symptômes, de même que les ressources disponibles en vue d’une guérison.

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