Marguerite, 20 ans

« Je suis un petit zèbre dans un troupeau de zèbres, mes quatre frères et sœurs étant eux aussi HP, mais chacun avec des particularités différentes. Être HP, ce n’est pas être un intello, une tête d’ampoule ou un petit génie ; certes il y en a, mais une grande partie d’entre nous gravite dans le monde réel et essaye de s’adapter dans une société qui n’est pas réfléchie pour nous.
J’ai eu une enfance tranquille, avec de bonnes notes aux interrogations en primaire ; j’étais très bonne en exposé oral, excepté les dictées, dont je cauchemarde encore aujourd’hui. Les journées se suivaient mais ne se ressemblaient pas, avec un bon groupe d’amis dans la cour, des activités les mercredis après-midi et des week-ends passés à faire autre chose que les devoirs.

Mais dès l’entrée en sixième, les choses ont drastiquement changé. Le collège privé dans lequel j’étais inscrite ne me convenait pas : ne rentrant pas dans les cases ni dans le moule, j’ai rapidement déchanté. Le programme ressemblait à celui du CM2, les autres élèves ne comprenaient pas toujours mon hypersensibilité ; il m’est arrivé d’éclater en sanglot en classe car j’avais oublié un devoir… Et malheur, les filles commençaient à parler garçon pendant la récréation ! Les garçons quant à eux restaient entre eux, et une vraie barrière, qu’il n’y avait pas au primaire, se construisit. Au collège public, la séparation était toujours là, et la différence avec les autres se creusait. J’avais l’impression d’arriver d’une autre planète, et eux aussi avaient l’impression que j’arrivais en effet d’une autre planète. J’ai développé par ailleurs une phobie scolaire, et les semaines se résumaient à aller à l’école – tenir une journée – infirmerie – retour à la maison – ça va mieux – retour à l’école. J’étais également trop différente pour les autres élèves, trop naïve et enfantine, ce que certains utilisaient comme arme contre moi, et la spirale du harcèlement scolaire a débuté. A cette période, lorsque l’étiquette me collant au dos était « intello », j’aurais aimé être « normale », échanger mon haut potentiel pour être comme les autres. Ou alors les laisser vivre une journée dans mon cerveau et voir s’ils s’en moqueraient encore après.

Au lycée, je me suis beaucoup amusée, à travers de différents clubs (journal, théâtre…) qui regroupaient les différents niveaux et permettaient de se faire des amis plus jeunes ou plus âgés.

L’hypersensibilité, on ne s’y habitue jamais ; les crises non plus. Mais il faut voir le côté positif ! La pensée en arborescence, c’est puissant : un hypersensible heureux, qu’est-ce qu’il est heureux ! Un fou rire peut durer bien plus longtemps ! Et on s’émerveille pour un rien. Alors oui, l’adolescence n’est pas facile, surtout lorsqu’on a un haut potentiel, mais aujourd’hui je ne changerais ça pour rien au monde !
J’accepte mes rayures comme elles sont et je profite de ce que la vie m’a offert et m’offre comme potentiels. »