T, 25 ans, jeune pro

Tu es…
Un garçon
La première lettre de ton prénom/de ton pseudo est…
T
Ton âge est…
25 ans
Tu es…
Jeune pro

Quand as-tu découvert que tu étais neuroatypique, et qu’est-ce que cela t’a fait ?

Je me suis fait tester à 24 ans, dans le 2eme trimestre 2020. Les premières semaines ont été très dures à avaler après que le résultat soit tombé. On se demande ce que ça va nous apporter, et on attend bien des choses ! Mais finalement, c’est l’accompagnement du psychologue qui a été bénéfique. Aujourd’hui, je me sens plus léger et libre d’esprit, car j’ai enfin compris que mes remarques sont pertinentes, et j’ai compris d’où provient mon sentiment d’être différent des autres. Tout ça me permet de m’accepter comme je suis.

Qu’est ce qui t’a mis la puce à l’oreille et comment tes parents/tes proches ont-ils été impliqués dans ton parcours de découverte de ta différence ?
Ce qui m’a alerté, c’est de me sentir seul, avec une façon de penser bien loin de la norme, et qui m’a causé des problèmes dans les relations sociales (solitude a partir du collège jusqu’en fin de lycée, harcèlement durant toutes ces années collège et lycée, façon de parler dites je cite “de vieux”, activités qui ne sont pas de mon âge entre autres…) J’ai cherché seul, sur le net, à quoi cela pouvait être dû : j’arrivais souvent sur des témoignages de personnes HP. J’ai ensuite poursuivi en achetant un livre là dessus, puis deux, puis trois… Et alors que j’étais en train de lire un 4eme livre, me reconnaissant majoritairement dans ces ouvrages (y compris dans les BD de votre site internet, merci Association CAPU !), j’ai pris mon courage à deux mains et ai appelé un psy spécialisé dans ce fonctionnement des neuroatypiques.

As-tu été diagnostiqué par des tests officiels ?
J’ai passé la WAIS IV. C’est la dernière version en vigueur concernant ma catégorie d’âge.

Présentes-tu des troubles dits « associés » au haut potentiel (troubles dys, TDAH, troubles légers du spectre autistique…) ? As tu été diagnostiqué pour ces troubles ?
Je n’en ai aucune idée. Le psy ne m’en ayant pas parlé, non je ne pense pas. Le vrai gros problème que j’aimerais régler est l’organisation de mes pensées, mais il paraît que cela fait partie intégrante de notre fonctionnement. Donc il faut apprendre à vivre avec, en le gérant au mieux…

Comment te décrirais-tu en 3 mots ?
Libre, heureux, désordonné

Quels sont tes points forts ? Et tes points faibles ?
Points forts : serviable, passionné, ambitieux ; Points faibles : éparpillé, sensible, râleur

Qu’est-ce que le neuroatypisme a pu t’apporter comme avantages au quotidien ?
Cela a mis au jour une extra lucidité dont je n’avais pas conscience. Malheureusement, quand on parle avec les normaux pensants, les conversations aboutissent vite car on arrive trop vite à nos conclusions. Un autre avantage est la prise de conscience que son intelligence permet de retenir plein de choses quand on ne se met pas la pression ! Alors qu’on est comme inhibé en période de stress. Donc aujourd’hui j’ai décidé de vivre serein pour faire de mon cerveau un atout, et non un boulet.

Quels sont au contraire les décalages que tu as pu expérimenter ?
Les décalages sont nombreux : -usage abusif de l’ironie (du coup rarement comprise) -ne pas comprendre les implicites -difficulté de se conformer aux attentes qui sont incompatibles avec notre fonctionnement (oui oui c’est impossible…) Et je dois en oublier…

As-tu éprouvé, en lien avec ta différence, un mal-être, ou subis des maladies comme la dépression ou les troubles du comportement alimentaire (TCA) par exemple ? Si oui, lesquelles, et quel est/quel a été ton parcours pour aller mieux, voir guérir ?
La dépression, je l’ai connue en 4eme. Mes rares amis de la 5eme étaient dispatchés dans d’autre classes et je me retrouvais seul toute l’année à “lutter pour survivre” tant je me sentais isolé dans ma classe. J’ai toujours essayé de penser que d’autres personnes avant moi avaient eues des situations plus dures à surmonter pour me rassurer, afin de ne pas sombrer. Tout ce stress accumulé, et qui a été augmenté à lycée, m’a conduit à développer une maladie des intestins, ce qui m’isolait encore plus. Après plusieurs mois de traitement, tout est rentré dans l’ordre. Ça s’est arrangé à l’université où l’entraide était plus présente, les autres étudiants étaient aussi plus mâtures qu’au lycée ou au collège.

Y a-t-il un événement lié à ta différence que tu souhaites plus particulièrement évoquer ?
L’année de 2nde, en filière générale, où j’avais l’impression de tout comprendre, et pourtant je prenais mauvaises notes sur mauvaises notes cette année là… Je suis quand même passé en première technologique, ai été 3eme de ma classe en première, puis 2eme en terminale et (cerise sur le gâteau…) ai obtenu mon bac de mathématiques avec 17/20 en terminant le sujet en 1h15 sur les 4h imparties ! (et dire qu’en fin de seconde je n’étais qu’à 8/20 dans cette matière…)

Comment tes proches ont ils pris cette différence ? As tu osé en parler à tes amis ? Si oui, quelles ont été leurs réactions ?
J’ai commencé par en parler à mes parents, au lendemain de la passation du test, que j’avais des soupçons pour les raisons que je leur ai présentées. Les résultats n’étaient pas là, ça rajoutait une grosse dose de stress d’en parler alors que ça aurait pu être un résultat parfaitement normal ! Surtout que personne ne s’est jamais dit que je pouvais être neuroatypique dans ma famille… “quelle maturité !”, ça je l’avais entendu souvent quand même ! (ça avait contribué à éveiller mes premiers soupçons). 3 semaines après, les résultats sont tombés, j’ai appelé mes parents en sortant du cabinet du psy pour leur confirmer notre discussion passée. À ce jour, seules 5 personnes sont au courants, toutes de ma famille, et aucun de mes amis. Ma mère l’a très bien accueillit, mon père ça ne lui a fait ni chaud, ni froid. Avec ces 5 personnes, nous avons pris le temps d’en parler et aujourd’hui, c’est derrière moi. Je ne veux pas l’on s’arrête sur ça dès qu’on parle de moi ou qu’on s’adresse à moi.

Quelles sont les personnes, réelles ou fictives auxquelles tu t’identifies, et qui t’ont aidé à apprivoiser tes spécificités ?
Tout dernièrement, j’ai admiré Anya Taylor Joy pour son rôle dans Le Jeu de la Dame, pour la force que son personnage fait de son intelligence si bien apprivoisée ! Elle ne m’a pas aidé à m’accepter, mais comme son personnage fictif, je suis convaincu que tous les HP ont de grandes choses à accomplir au moins dans un domaine ! N’ayez pas peur d’essayer plein d’activités différentes (emplois, activités sportives ou culturelles), afin d’être sûr de trouver celle qui VOUS convient !

Comment vis-tu aujourd’hui ta différence ? Quelle est TA vision du neuroatypisme ?
Aujourd’hui j’ai accepté cette particularité. Enfin à 95%. Mais on touche au but. Avant de prendre rdv pour passer le test, j’ai passé 3 longues années à me renseigner et faisais des cauchemards à l’approche de la passation et des résultats, de peur d’être complètement l’inverse ! Je pense que le neuroatypisme, c’est avoir une anticipation, une pensée et une réflexion plus approfondie que la norme, avec une sensibilité accrue aux événements du quotidien. Je me rappelle avoir dit au psy lors de l’anamnèse la veille du test ” on va dire qu’une pensée, une idée, à 5 paliers : les deux premiers dont presque tout le monde parle, et moi j’ai l’impression d’être à chaque fois au 4eme palier, sans que personne n’y prête attention, ou alors on se moque de moi”.

Quel serait le conseil, en prenant en compte ton expérience personnelle, que tu donnerais aux jeunes neuroatypiques de ton âge, ou plus jeunes ?
On est tous différents. Vous aussi. Quoique vous fassiez, quoique vous disiez, quelque soit votre âge, vous serez contredits, rabaissés ou moqués. C’est le cas pour tout le monde. Sauf que ça vous atteind plus que les autres, à cause de votre hypersensibilité. Elle est là, la clef de votre bonheur.

Quelque chose de plus à ajouter ?
Je tiens à remercier l’asso CAPU pour sa présence, notamment L****** qui a été très à l’écoute et de bon conseils Sans votre aide, je ne sais pas comment j’aurai réussit à surpasser cette période post-tests si compliquée à gérer. Du fond du cœur merci. La découverte de votre neuroatypisme ne doit pas être une fin en soit. Veillez à en faire une force et non à vous reposer dessus (c’est un conseil).

Laisser un commentaire