Maÿlis, étudiante, 20 ans

« Parce que le HPI recoupe de nombreuses réalités, j’ai choisi d’organiser mon témoignage en deux axes principaux, tous tirés de mon expérience estudiantine. J’ai effectivement rencontré les ‘soucis classiques’ du HPI, mais ne m’en étais jamais rendue compte avant ces deux premières années d’études supérieures. Je choisis de témoigner sur mon expérience en tant qu’étudiante, étant donné qu’il s’agit d’un sujet relativement peu abordé. On parle beaucoup des enfants précoces et on commence à s’intéresser aux adultes. Mais que penser des individus dans cette tranche d’âge sans contours précis que l’on nomme la « jeunesse » ? Que deviennent ces enfants une fois assis sur les bancs des facultés ? Les points que je vais ici mettre en exergue peuvent sembler « négatifs », au sens où ils témoignent d’une lutte perpétuelle contre soi et contre le monde. Mais ils me semblent utiles à partager pour comprendre ce qui peut se passer dans la tête d’un jeune HPI.

L’adaptation au système éducatif ou l’effet « Pygmalion négatif »

En arrivant à l’université, j’espérais trouver un espace d’ouverture intellectuelle, un lieu de débats, me permettant d’avoir accès à la stimulation intellectuelle dont j’avais manqué au lycée. Cependant, j’ai vite déchanté. Formatés et très scolaires me sont apparus la plupart des cours. Les professeurs m’ont aussi semblé peu synthétiques dans la présentation de leurs cours. Durant deux ans, j’ai eu l’impression que mon travail ressemblait à une vaste machinerie de synthétisation à l’essentiel du contenu des cours, cours qui ne m’intéressaient nullement (aucune accroche pragmatique avec le réel).

Dans mon travail personnel, j’ai aussi rencontré de nombreuses difficultés (comme quoi on peut avoir 19,88 au baccalauréat et se trouver en situation de malaise dans un système non adapté !). Je me suis rendu compte que je ne parvenais pas à mémoriser un cours de manière linéaire. J’étais obligée de le convertir en « mindmaps » car j’ai besoin de visualiser l’information dans son intégralité pour la retenir (particularité du HPI qui est capable de traiter simultanément une succession d’informations). J’ai passé mon temps à chercher la méthode idéale, si bien que je finissais par réviser mes examens la veille pour le lendemain en utilisant ma puissante mémoire de court terme. Le jour J, je réussissais mon examen sans jamais savoir comment ce miracle pouvait avoir eu lieu. Devant ma copie, c’était comme des fulgurances de la pensée. Tout fonctionnait sans que je puisse expliquer pourquoi (compte tenu de la faible teneur de mes révisions).

La seconde difficulté que j’ai rencontrée était liée à ce fameux besoin de sens. Au lycée, je concevais chaque nouvelle copie rendue comme un acte gratuit, un moment authentique de pure réflexion intellectuelle. Mes copies étaient souvent originales, les professeurs me récompensaient pour cela et je trouvais cette situation plutôt juste. Quoi de plus juste que de récompenser celui qui ose s’aventurer aux confins de la pensée convenue ? A l’université, j’ai appris à anticiper à outrance les sujets d’examens et à ne travailler non pas pour mon enrichissement intellectuel, mais pour un seul examen final ne jugeant pas du tout notre aisance d’esprit, mais notre capacité à bachoter le plus efficacement possible en vue d’obtenir la note la plus haute.

Mais la difficulté la plus grande à laquelle je me suis confrontée est la suivante. Dès que j’apprends une nouvelle information, je l’intègre très vite comme une donné factuelle. Ensuite, j’extrapole très vite et j’en fais ma synthèse personnelle. Cela peut me conduire vers des questions existentielles infernales que je suis incapable de traiter étant donné que je n’ai pas les connaissances suffisantes pour les aborder. Cela m’a menée très loin mais maintenant j’ai une technique. Grâce à la méditation de pleine conscience, j’ai appris à repérer les moments où je partais dans ce type d’élucubrations et je suis plus à même de les arrêter si elles ne sont pas pertinentes pour agir dans le réel.

Somme toute, ces deux ans d’études supérieures ont comporté un lot de souffrances assez grand. Manque de motivation, tentative de rentrer dans le moule sans jamais vraiment y parvenir (effet pygmalion négatif) en me forçant à apprendre des cours en linéaire alors que j’en suis incapable, en sont les preuves les plus évidentes.

 

L’absence d’espaces de dégagisme ou quand la cocotte-minute en vient à exploser

Si je devais décrire mes émotions, je dirais qu’il s’agit d’un énorme feu d’artifice. Tout se joue dans l’extrême intensité. Les déceptions par rapport à mes valeurs sont EXTRÊMEMENT douloureuses en même tant que les joies sont intenses. De fait, j’ai coutume de m’appeler le « petit kamikaze en puissance », capable du pire comme du meilleur. Pour gérer cette puissance, il me faut absolument ce que j’appelle des espaces de dégagement. Les balades en pleine nature dans le silence, en sont le meilleur exemple. A Paris, cela relève d’un énorme défi et je dois avouer que cumulée à l’inconfort scolaire, cette pollution sonore a fortement contribué à me faire exploser maintes fois (contribuant à la cyclothymie si propre au HPI !). »

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