Cécile, maman de Capucine

« Ma fille était différente, ma fille était zèbre. Elle s’est suicidée, sans alerte, sans signes extérieurs précurseurs. C’était une jeune adolescente HPI de 18 ans. Souriante, généreuse, elle croquait la vie à pleines dents… rien ne laissait présager le mal-être qu’elle traversait et qui ne s’est révélé à nous qu’après son décès. Nous avons en effet retrouvé dans sa chambre des recueils d’essais philosophiques sur le sens de la vie, qu’elle avait commencé à rédiger en première. Des textes pleins d’espoir, mais aussi des textes très sombres, alors qu’elle traversait, au moment de leur rédaction, la période qui semblait être la plus heureuse de sa vie, entourée de ses amis, de son petit ami… Nous n’avons compris qu’à posteriori que pour sembler si normale, Capucine prenait énormément sur elle, elle voulait à tout prix cacher sa différence, qu’elle vivait comme une maladie, un défaut. Alors oui, elle a eu une crise d’adolescence assez marquée, mais comment savoir si cela est normal pour cet âge ou si cela est traducteur d’un jeune zèbre en souffrance ? Je regrette qu’elle n’ait jamais entendu le mot « précoce », ou « zèbre », je regrette qu’elle n’ait pas eu la chance d’identifier sa différence et de la verbaliser. Je regrette que les jeunes HPI et leurs familles soient livrés à eux-mêmes, confinés dans l’errance et l’ignorance les plus totales – quand j’ai fait tester Capucine pour savoir si elle était précoce à cinq ans et que le test était négatif, personne ne m’a alerté sur le fait que les tests de QI réalisés avant six ans n’étaient pas fiables. Qu’aucune piste ne soit communiquée aux parents pour détecter la précocité chez leurs enfants ; cela commence par des choses toutes bêtes, comme par exemple un front très bombé pendant la petite enfance, parce que les précoces ont un cortex préfrontal qui se développe bien plus rapidement que la moyenne. Qu’il ne soit pas clarifié que ce qui pose problème dans le haut potentiel, ce n’est pas l’intelligence, c’est l’hypersensibilité qui peut dévorer le jeune de l’intérieur, parce qu’il se sentira trop autre, trop décalé, trop démesuré dans ses émotions pour être accepté, pour être heureux.
Finalement, les précoces qui extériorisent leur souffrance sont bien moins en danger que ceux qui vivent dans l’auto-censure. Son petit frère, lui, est visiblement précoce hypersensible, il extériorise beaucoup plus, et nous sommes ainsi beaucoup plus vigilants à son égard. Mais il faut absolument aider les parents et les jeunes comme Capucine, qu’ils comprennent qu’il ne doit plus y avoir de fierté à ne pas demander de l’aide. »

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